MYRRHE : UNE APPELLATION, PLUSIEURS ESPÈCES ET DES COUPAGES POSSIBLES

La myrrhe est l’une des plus anciennes matières aromatiques utilisées en parfumerie et dans les encens. Pourtant, cette appellation recouvre des gommes-oléorésines chimiquement très différentes, produites par plusieurs espèces du genre Commiphora.

Une résine vendue comme « myrrhe » ne peut donc être authentifiée par son seul aspect, son odeur ou la présence d’un marqueur isolé.

1 — Qu’est-ce que la vraie myrrhe ?

La myrrhe officinale est la gomme-oléorésine exsudée naturellement ou après incision du tronc et des branches de Commiphora myrrha, famille des Burseraceae.

Elle provient principalement de la Corne de l’Afrique et du sud de la péninsule Arabique :

  • Somalie et Somaliland ;
  • Éthiopie et Érythrée ;
  • Kenya ;
  • Yémen et régions voisines.

Après exsudation, la matière se solidifie en « larmes » irrégulières, jaune orangé à brun rougeâtre. Elle associe approximativement :

  • une fraction gommeuse hydrosoluble ;
  • une fraction résineuse soluble dans l’alcool ;
  • une huile volatile généralement minoritaire ;
  • de faibles quantités d’eau et d’impuretés naturelles.

La myrrhe brute, son résinoïde, son extrait et son huile essentielle ne possèdent donc pas la même composition.

2 — Plusieurs Commiphora sous une même appellation

Commiphora myrrha — la myrrhe de référence

Sa fraction volatile se caractérise notamment par des furanosesquiterpènes :

  • furanoeudesma-1,3-diène ;
  • curzérène ;
  • lindestrène ;
  • furanodiène et dérivés ;

Ces molécules participent à son odeur chaude, balsamique, terreuse et légèrement fumée.

Commiphora guidottii — la myrrhe odorante

Connue sous les noms de myrrhe douce, scented myrrh, bissabol ou Habak Hadi, cette espèce somalienne donne une matière plus douce et plus parfumée.

Son profil chimique et olfactif diffère nettement de celui de C. myrrha. Sa présence peut être légitime lorsqu’elle est déclarée, mais constitue une substitution botanique lorsqu’elle est commercialisée comme myrrhe officinale.

Commiphora wildii — la myrrhe de Namibie

Commiphora wildii est une espèce endémique des régions arides du nord-ouest de la Namibie, notamment du Kunene et du Kaokoland. Sa résine, appelée localement omumbiri, est récoltée traditionnellement, en particulier par les communautés Himba.

Elle est aujourd’hui commercialisée comme « myrrhe de Namibie », mais ne doit pas être assimilée chimiquement à la myrrhe officinale. Son huile essentielle présente un profil largement dominé par les monoterpènes, notamment :

  • α-pinène ;
  • β-pinène ;
  • sabinène ;
  • limonène ;
  • myrcène ;
  • traces variables d’alcanes, dont le n-heptane.

Son odeur est plus fraîche, résineuse, terpénique, verte et citronnée, beaucoup moins profonde et persistante que celle de C. myrrha.

La myrrhe wildii constitue donc une matière de parfumerie originale à part entière, mais sa dénomination botanique doit être clairement indiquée.

Les autres résines apparentées

D’autres espèces peuvent être rencontrées dans les circuits commerciaux :

  • Commiphora africana ;
  • Commiphora erythraea ;
  • Commiphora kataf ;
  • Commiphora mukul, à l’origine du guggul ;
  • diverses espèces locales insuffisamment identifiées.

Toutes appartiennent au même genre, mais toutes ne peuvent pas être considérées comme de la myrrhe officinale.

3 — Quels coupages ou substitutions rechercher ?

La myrrhe peut faire l’objet de plusieurs pratiques.

Le mélange d’espèces

Une résine de C. myrrha peut être mélangée avec une autre Commiphora, notamment une résine plus monoterpénique, du guggul, une myrrhe douce ou une matière de type opoponax.

Ce mélange modifie simultanément le profil volatil et la fraction résineuse.

L’ajout d’autres gommes ou résines

Des gommes végétales peu odorantes, des résines de moindre valeur ou d’autres exsudats de Burseraceae peuvent augmenter artificiellement la masse. Le mélange peut conserver une apparence crédible tout en appauvrissant la signature aromatique.

L’ajout de charges

Les lots bruts peuvent contenir de l’écorce et des débris végétaux naturellement associés à la récolte. Toutefois, une teneur excessive en :

  • sable ;
  • terre ;
  • fragments de bois ou d’écorce ;
  • matières minérales ;

peut traduire un tri insuffisant ou une augmentation volontaire de la masse.

La résine épuisée

Une résine ayant subi une distillation ou une extraction préalable peut être réintroduite dans un lot. Son apparence demeure proche de celle de la matière brute, mais sa fraction volatile est fortement appauvrie.

La dilution des extraits et huiles essentielles

Les extraits, résinoïdes et huiles essentielles peuvent être dilués par :

  • des solvants ou supports non déclarés ;
  • des huiles végétales ou minérales ;
  • des fractions terpéniques moins coûteuses ;
  • des monoterpènes isolés ;
  • des mélanges reconstitués.

L’ajout d’α-pinène, par exemple, peut renforcer artificiellement un profil terpénique, mais ne restitue pas la complexité naturelle de la résine.

4 — Comment authentifier une myrrhe ?

La GC-FID et la GC-MS permettent d’étudier la fraction volatile et de rechercher les furanosesquiterpènes de C. myrrha ou, à l’inverse, une dominance anormale de monoterpènes.

L’analyse doit tenir compte des transformations thermiques possibles dans l’injecteur. Le rapport entre furanodiène, curzérène et composés apparentés dépend en partie des conditions analytiques.

L’HPLC ou l’UHPLC-MS caractérise les constituants résineux peu volatils. L’IR-ATR fournit une empreinte globale et permet de comparer rapidement les lots. La RMN, la chimiométrie et, lorsque le matériel biologique est exploitable, le barcoding ADN, peuvent contribuer à différencier les espèces.

La recherche des charges nécessite également :

  • la mesure des cendres totales et insolubles ;
  • l’examen microscopique ;
  • l’analyse élémentaire ou minérale ;
  • la détermination des fractions extractibles ;
  • la comparaison avec des échantillons botaniquement documentés.

Au Laboratoire Signatures, nous avons analysé l’ensemble de ces différentes myrrhes, notamment les matières issues de Commiphora myrrha, Commiphora guidottii et Commiphora wildii. Leur comparaison met en évidence des signatures chromatographiques nettement distinctes, tant par la répartition des monoterpènes et des sesquiterpènes que par la présence des furanosesquiterpènes caractéristiques.

Cette expérience comparative permet de mieux différencier une variation naturelle liée à l’espèce ou à l’origine géographique d’un mélange, d’une substitution botanique ou d’un coupage. Elle confirme surtout qu’une appellation commerciale et un marqueur chimique isolé ne peuvent suffire à authentifier une myrrhe.

Conclusion

Il n’existe pas une composition universelle de « la myrrhe ». La myrrhe officinale de Commiphora myrrha, la myrrhe odorante de C. guidottii et la myrrhe namibienne de C. wildii sont des matières botaniquement, chimiquement et olfactivement distinctes.

La présence de composés résineux ou terpéniques ne suffit pas à prouver l’identité d’une myrrhe. L’authentification exige de confronter la signature volatile, la fraction résineuse, l’espèce revendiquée, l’origine géographique et les documents de traçabilité.

L’analyse transforme une trace en information scientifique en rendant « visible » ce qui ne l’était pas ; L’expertise du laboratoire Signatures transforme ces résultats en explications, ces explications en conclusions.

Pour aller plus loin

  1. Hanuš L.O. et al. (2005). Myrrh – Commiphora chemistry. Biomedical Papers, 149(1), 3–27.
  2. Hanuš L.O. et al. (2008). Fast and easy GC/MS identification of myrrh resins. Pharmaceutical Chemistry Journal, 42, 719–720.
  3. Kamatou G.P.P. et al. (2023). Commiphora wildii essential oil: natural heptane source and potential commercial applications. Molecules, 28, 891.
  4. Thulin M., Claeson P. (1991). The botanical origin of scented myrrh—bissabol or Habak Hadi. Economic Botany, 45, 487–494.

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