BAUME DE COPAHU : UNE OLÉORÉSINE, PLUSIEURS ESPÈCES ET DES SIGNATURES CHIMIQUES VARIABLES

Le baume de copahu, également appelé copaïba, est une matière première naturelle singulière. Malgré son appellation traditionnelle de « baume » c’est plutôt  une oléorésine terpénique, sécrétée dans les canaux internes du tronc de plusieurs arbres du genre Copaifera.

1 — Une matière obtenue directement de l’arbre

Les Copaifera appartiennent à la famille des Fabaceae. Ils croissent principalement dans les régions tropicales d’Amérique du Sud, notamment au Brésil, au Venezuela, en Colombie, au Guyana et au Surinam.

Elle se présente comme un liquide plus ou moins visqueux recueilli par perforation du tronc, limpide à légèrement trouble, dont la couleur varie du jaune pâle au brun ambré.

Plusieurs espèces se rencontrent dans le négoce et le commerce :

  • Copaifera officinalis ;
  • Copaifera langsdorffii ;
  • Copaifera reticulata ;
  • Copaifera multijuga ;
  • Copaifera duckei ;
  • Copaifera paupera.

L’appellation commerciale « copahu » ne permet donc pas, à elle seule, d’identifier l’espèce botanique ni l’origine géographique.

2 — Baume, oléorésine ou huile essentielle ?

Trois matières doivent être distinguées :

  • le baume de copahu brut, qui correspond à l’oléorésine recueillie dans le tronc ;
  • l’huile essentielle de copaïba, obtenue par distillation de cette oléorésine ;
  • la fraction résineuse, constituée principalement de diterpènes peu volatils.

La distillation concentre les sesquiterpènes odorants, mais élimine l’essentiel des acides diterpéniques. Une huile essentielle ne possède donc pas la même composition ni la même signature analytique que l’oléorésine dont elle provient.

3 — Une double signature chimique

Le copahu associe deux ensembles complémentaires.

La fraction volatile : les sesquiterpènes

Elle est généralement dominée par le β-caryophyllène, accompagné, selon l’espèce et le lot, par :

  • l’α-humulène ;
  • l’α-copaène ;
  • le trans-α-bergamotène ;
  • le β-bisabolène ;
  • les élémènes et les sélinènes ;
  • l’oxyde de caryophyllène, dont l’augmentation peut traduire une oxydation.

Ces molécules donnent au copahu son profil boisé, balsamique, épicé, poivré, légèrement terreux et ambré. Le β-caryophyllène constitue un marqueur important, mais il n’est pas spécifique.

La fraction résineuse : les diterpènes

Elle comprend notamment :

  • l’acide copalique ;
  • l’acide kaurénoïque ;
  • l’acide hardwickiique ;
  • l’acide polyalthique ;
  • l’acide agathique et ses dérivés.

L’acide copalique est particulièrement intéressant pour caractériser la fraction résineuse du copaïba. Sa présence ne doit cependant pas être interprétée isolément : l’authentification repose sur le profil global des diterpènes et sur sa cohérence avec la fraction sesquiterpénique.

4 — Espèces, origines et profils chimiques

La composition du copahu varie avec :

  • l’espèce et parfois l’individu producteur ;
  • la région et les conditions écologiques ;
  • la saison et le mode de prélèvement ;
  • l’âge de l’arbre ;
  • la durée et les conditions de stockage ;
  • les mélanges réalisés entre productions.

Certains lots sont très riches en β-caryophyllène, tandis que d’autres présentent davantage de bisabolènes ou de diterpènes acides. On peut ainsi observer différents profils chimiques ou chémotypes, sans qu’ils correspondent nécessairement à des chémotypes botaniquement stabilisés.

Une variation de composition n’est donc pas automatiquement la preuve d’une falsification. Elle doit être confrontée à l’espèce annoncée, à l’origine, à des lots authentiques de référence et aux documents de traçabilité.

5 — Comment analyser le baume de copahu ?

Une seule méthode ne suffit pas à examiner cette matière complexe.

La GC-FID et la GC-MS caractérisent la fraction volatile et semi-volatile : β-caryophyllène, humulène, copaène, bergamotènes, bisabolènes et produits d’oxydation.

L’HPLC ou l’UHPLC, éventuellement couplée à la spectrométrie de masse, étudie les acides diterpéniques peu volatils. Leur analyse par chromatographie gazeuse peut également être réalisée après dérivatisation.

L’IR-ATR fournit une empreinte globale rapide, utile pour comparer les lots et dépister certaines dilutions. La RMN, associée à la chimiométrie, peut compléter l’identification et révéler des modifications du profil résineux.

Les constantes physiques — densité, indice de réfraction, pouvoir rotatoire et viscosité — apportent des éléments complémentaires, mais ne démontrent pas isolément l’authenticité.

6 — Quelles adultérations rechercher ?

Le baume de copahu peut être affecté par :

  • une dilution par une huile végétale ;
  • l’ajout de solvants, d’huiles minérales ou d’autres oléorésines ;
  • une reconstitution à partir de β-caryophyllène ou de fractions terpéniques ;
  • le mélange de plusieurs espèces ou origines non déclaré ;
  • la commercialisation d’une huile essentielle comme oléorésine complète ;
  • une oxydation ou une polymérisation dues à un stockage inadapté.

Un lot artificiellement enrichi en β-caryophyllène peut paraître conforme lors d’une analyse limitée à la fraction volatile. L’absence ou l’incohérence de la fraction diterpénique révélera cependant que la signature naturelle n’est pas complète.

Conclusion

Le baume de copahu ne correspond pas à une composition universelle. C’est une oléorésine naturellement variable, produite par plusieurs espèces de Copaifera et provenant de différentes régions tropicales américaines.

Son authentification nécessite de mettre en relation l’identité botanique, l’origine géographique, la fraction volatile, les diterpènes résineux, les paramètres physiques et les documents de traçabilité.

Une teneur élevée en β-caryophyllène ne suffit pas à authentifier un copahu : c’est la cohérence de l’ensemble de sa signature chimique qui doit être démontrée.

L’analyse transforme une trace en information scientifique en rendant « visible » ce qui ne l’était pas ; L’expertise du laboratoire Signatures transforme ces résultats en explications, ces explications en conclusions.

Pour aller plus loin

  1. Arruda C. et al. (2019). Occurrence, chemical composition, biological activities and analytical methods on Copaifera genus—A review. Biomedicine & Pharmacotherapy, 109, 1–20.
  2. Leandro L.M. et al. (2012). Chemistry and biological activities of terpenoids from copaiba (Copaifera spp.) oleoresins. Molecules, 17, 3866–3889.
  3. Da Trindade R. et al. (2018). Copaifera of the Neotropics: a review of the phytochemistry and pharmacology. International Journal of Molecular Sciences, 19, 1511.
  4. Çiçek S.S., Barbosa A.L.P., Girreser U. (2018). Quantification of diterpene acids in copaiba oleoresin by UHPLC-ELSD and heteronuclear two-dimensional qNMR. Journal of Pharmaceutical and Biomedical Analysis, 160, 126–134.
  5. Lee J. et al. (2023). Chemical characterization and quality assessment of copaiba oil-resin using GC/MS and SFC/MS. Molecules, 28, 3314.

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