OPOPONAX : COMMENT ANALYSER CETTE « MYRRHE DOUCE » DE LA PARFUMERIE ?

L’opoponax est une matière emblématique de la parfumerie orientale. Son odeur chaude, balsamique, résineuse, fumée et légèrement animale lui vaut parfois le nom de « myrrhe douce ».

1 — L’identité : une dénomination parfois ambiguë

En parfumerie, l’opoponax correspond à l’oléo-gomme-résine de Commiphora erythraea, espèce originaire de Somalie et d’Éthiopie.

Cependant, le nom commercial a également été appliqué à des résines provenant d’autres espèces de Commiphora. Une confusion est notamment possible avec :

  • la myrrhe véritable ;
  • d’autres myrrhes dites parfumées ;
  • certaines résines commercialisées sous le nom de bisabol ;
  • des extraits ou résinoïdes déjà transformés.
  • d’autres espèces que l’erythraea

La dénomination « opoponax » ne suffit donc pas, à elle seule, à établir l’origine botanique exacte du produit.

2 — Comment établit-on sa cartographie chimique ?

L’opoponax contient une fraction volatile odorante, une fraction résineuse et une fraction gommeuse. Son analyse doit tenir compte de cette hétérogénéité.

La GC-FID et la GC-MS permettent d’étudier les composés volatils et semi-volatils. Le profil est généralement dominé par des sesquiterpènes, notamment des dérivés du bisabolène, auxquels peuvent s’ajouter des santalanes et des furanosesquiterpènes.

La cartographie peut être complétée par :

  • la HPLC pour les constituants moins volatils ;
  • l’IR-ATR pour comparer l’empreinte globale ;
  • la recherche de solvants résiduels ;
  • la mesure des caractéristiques physicochimiques ;
  • la comparaison avec des résines authentifiées.

L’identification d’un seul sesquiterpène ne suffit pas : c’est la cohérence de l’ensemble du profil qui doit être examinée.

3 — Quelles adultérations peut-on rechercher ?

L’analyse peut notamment mettre en évidence :

  • un mélange avec une autre espèce de Commiphora ;
  • l’ajout de myrrhe ou d’une résine moins coûteuse, comme par exemple du « black agar » ;
  • une extraction préalable ayant appauvri la résine ;

Un produit peut ainsi présenter une odeur évocatrice de l’opoponax sans être constitué de la résine botanique annoncée.

4 — La qualité technologique

Une résine authentique n’est pas nécessairement adaptée à la parfumerie. Sa qualité dépend également :

  • de son intensité et de son équilibre olfactifs ;
  • de sa couleur ;
  • de sa solubilité ;
  • de sa teneur en matières insolubles ;
  • de sa stabilité à l’oxydation ;
  • de la présence d’odeurs brûlées, rances ou excessivement animales.

Il faut également distinguer la résine brute du résinoïde, de l’absolue ou d’un extrait : ces produits ne possèdent ni la même composition ni les mêmes propriétés technologiques.

Conclusion

L’analyse de l’opoponax doit répondre à trois questions différentes :

  • S’agit-il bien de la matière botanique annoncée ?
  • Sa cartographie chimique est-elle cohérente et exempte d’adultération ?
  • Possède-t-elle les qualités olfactives et technologiques attendues ?

L’analyse transforme une trace en information scientifique en rendant « visible » ce qui ne l’était pas ; L’expertise du laboratoire Signatures transforme ces résultats en explications, ces explications en conclusions.

Pour aller plus loin

Thulin M., Claeson P. “The botanical origin of scented myrrh (Bissabol or Habak Hadi).” Economic Botany, 1991, 45, 487–494.

Craveiro A. A., Corsano S., Proietti G., Strappaghetti G. “Constituents of essential oil of Commiphora guidottii.” Planta Medica, 1983, 48, 97–98.

Başer K. H. C., Demirci B., Dekebo A., Dagne E. “Essential oils of some Boswellia spp., myrrh and opopanax.” Flavour and Fragrance Journal, 2003, 18, 153–156.

Yeo S. K. et al. “β-Bisabolene, a sesquiterpene from the essential oil extract of opoponax (Commiphora guidottii).” Phytotherapy Research, 2016, 30, 418–425.

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